Avant de croire en lui, un enfant a besoin qu’on croie en lui

L’estime de soi correspond à la valeur que nous nous accordons. Elle influence notre façon d’oser, d’apprendre, de faire face aux difficultés, d’entrer en relation avec les autres et même la manière dont nous interprétons ce qui nous arrive. Cette perception de nous-mêmes ne se construit pas seule.

Elle prend forme dans les liens que nous tissons, dans les regards que nous rencontrons, dans les mots que nous entendons, dans les expériences que nous vivons, dans les encouragements comme dans les échecs. Elle se nourrit du sentiment d’être accueilli, reconnu et accepté pour ce que nous sommes.

Un jeune enfant ne se connaît pas encore suffisamment pour construire seul une image de lui-même. Il découvre peu à peu qui il est à travers les réactions des adultes qui l’entourent. Quand un enfant entend régulièrement : « Je vois que tu as persévéré. » « Tu peux être fier de toi. » « Tu n’as pas encore réussi, mais tu es en train d’apprendre. » « Je suis là pour t’aider. »

Il ne reçoit pas simplement des encouragements. Il reçoit aussi des informations sur lui-même. Peu à peu, il peut construire l’idée qu’il est capable d’apprendre, de progresser, de surmonter des difficultés et d’avoir de la valeur même lorsqu’il ne réussit pas immédiatement.

À l’inverse, lorsqu’un enfant se sent régulièrement comparé, jugé ou défini par ses erreurs, il peut intégrer d’autres messages : « Je ne suis pas capable. » « Les autres sont meilleurs que moi. » « Je déçois. » « Je ne suis pas à la hauteur. »

Les expériences relationnelles répétées participent ainsi à l’histoire que l’enfant se raconte sur lui-même. Petit à petit, elles deviennent une partie de son dialogue intérieur. Mais alors, comment l’estime de soi se construit-elle réellement ? Et quel rôle pouvons-nous jouer, en tant qu’adultes, dans cette construction ?

Une construction à plusieurs dimensions

L’estime de soi ne repose pas sur un seul élément. Elle se construit progressivement à travers plusieurs dimensions qui s’influencent entre elles.

Il y a d’abord une dimension cognitive : la façon dont l’enfant perçoit ses capacités : « Est-ce que je suis capable ? » « Est-ce que je peux réussir ? »

Il y a aussi une dimension émotionnelle : ce que l’enfant ressent lorsqu’il pense à lui-même. La fierté après un effort, la satisfaction d’avoir dépassé un obstacle, mais aussi le découragement, la honte ou le sentiment d’échec.

Enfin, il y a une dimension sociale: « Est-ce que je compte pour les autres ? » « Est-ce que j’ai ma place ici ? » « Est-ce que je suis apprécié ? »

Ces dimensions se nourrissent les unes des autres. Lorsqu’un enfant se sent compétent, soutenu et reconnu, il peut plus facilement oser, apprendre, persévérer et entrer en relation.

Ce que nous apprend le cerveau

Les neurosciences nous permettent également de mieux comprendre pourquoi les expériences relationnelles comptent autant. Le cerveau de l’enfant se développe en interaction permanente avec son environnement. Les expériences vécues avec les adultes qui prennent soin de lui participent au développement des systèmes impliqués notamment dans l’apprentissage, la mémoire, la régulation émotionnelle et la perception de soi. Cela ne signifie évidemment pas qu’une parole isolée va « construire » ou « détruire » l’estime de soi. C’est l’accumulation des expériences qui compte. Les milliers de petites interactions du quotidien, un regard, une parole, un encouragement, une erreur accueillie, une difficulté traversée ensemble, participent progressivement à la manière dont l’enfant apprend à se percevoir. Chaque interaction compte, sans que nous ayons besoin d’être parfaits.

Ce qui nourrit ou fragilise l’estime de soi

Certaines expériences peuvent fragiliser l’image que l’enfant construit de lui-même :

  • les comparaisons répétées ;
  • les jugements négatifs ;
  • la compétition permanente ;
  • les exigences disproportionnées ;
  • la surprotection ;
  • le manque de soutien face aux difficultés.

Lorsqu’un enfant entend régulièrement qu’il devrait faire mieux, être plus rapide ou ressembler davantage à quelqu’un d’autre, il peut peu à peu conclure que ce qu’il est aujourd’hui n’est pas suffisant.

À l’inverse, lorsqu’il se sent soutenu dans ses essais, ses erreurs et ses apprentissages, il peut développer progressivement le sentiment qu’il est capable d’avancer malgré les difficultés.

C’est là que le rôle des adultes devient essentiel. Nous ne construisons pas l’estime de soi à la place de l’enfant. Mais nous participons activement à l’environnement dans lequel elle va se développer. Lorsque nous valorisons l’effort plutôt que le seul résultat, nous lui transmettons que sa valeur ne dépend pas uniquement de ses performances.

Lorsque nous encourageons son autonomie, nous renforçons son sentiment de compétence.

Lorsque nous accueillons ses réussites comme ses difficultés, nous lui montrons qu’il est digne d’être respecté et apprécié, qu’il réussisse ou non.

Lorsqu’il échoue, nous pouvons l’aider à comprendre que l’échec n’est pas une définition de lui-même, mais une expérience parmi d’autres.

Une estime de soi solide ne se construit pas en évitant les obstacles. Elle se construit en découvrant que l’on peut les traverser.

Une idée à emporter cette semaine

Lorsque nous félicitons un enfant, nous mettons souvent l’accent sur le résultat « Bravo ! » « Tu as réussi ! » « C’est magnifique ! »

Et si nous essayions parfois de mettre davantage en lumière le chemin parcouru ?  « Tu as persévéré. » « Tu as cherché plusieurs solutions. » « Tu as continué malgré la difficulté. » « Tu peux être fier de tous les efforts que tu as fournis. »

Car l’estime de soi ne se nourrit pas de la perfection. Elle grandit lorsqu’un enfant découvre qu’il peut apprendre, se tromper, recommencer et progresser… tout en restant digne d’être aimé, respecté et apprécié.

Pour terminer…

L’image qu’un enfant construit de lui-même ne naît pas uniquement à l’intérieur de lui. Elle se façonne dans les regards qu’il croise, dans les mots qu’il entend, dans les liens qu’il tisse avec les adultes qui prennent soin de lui.

Peut-être est-ce là l’une des grandes responsabilités de l’adulte : offrir à l’enfant un miroir suffisamment bienveillant pour qu’il puisse y découvrir ses forces sans nier ses difficultés, ses capacités sans exiger la perfection, sa valeur sans condition.

Car derrière chaque enfant qui grandit, il y a souvent un adulte qui lui renvoie, jour après jour : « Tu es important. Tu es capable. Tu as de la valeur. »