Il y a des enfants qui entrent dans une salle comme une petite bourrasque. On les entend avant de les voir. Ils sont déjà en mouvement avant même d’avoir enlevé leur veste. Ils passent d’une activité à l’autre, touchent à tout, parlent beaucoup, comme si leur corps avait toujours une idée d’avance.
Puis il y a ceux qui arrivent autrement. Ceux qui observent longtemps avant d’oser entrer dans le groupe. Ceux pour qui un bruit inattendu, un changement de programme ou une transition un peu trop rapide peut transformer une situation ordinaire en montagne à gravir.
Il y a cet enfant qui semble ne jamais entendre les consignes… jusqu’au jour où l’on découvre qu’il peut rester concentré très longtemps sur ce qui le passionne. Et celui qui explose pour ce qui nous paraît être un détail, mais qui, pour lui, est une vague immense.
Alors, peu à peu, les questions arrivent. On observe, échange, cherche à comprendre ce qui se joue derrière ce que l’on voit. Parfois, certains mots apparaissent dans nos discussions : TDAH, TSA, DYS, HP… Bien souvent, rien n’est écrit dans le dossier, rien n’est diagnostiqué, rien n’est certain.
Ce que nous avons, ce sont nos observations : l’enfant dans le groupe, dans ses jeux, dans ses relations, dans ses transitions, dans ses élans, ses fatigues, ses débordements… mais aussi dans ses moments de grande disponibilité. C’est là que quelque chose d’essentiel se joue.
Observer autrement
Notre travail n’est pas de nommer un trouble, mais de comprendre ce qui se joue. Un même comportement peut avoir mille raisons d’exister. Un enfant qui bouge beaucoup n’a pas nécessairement un TDAH. Un enfant qui s’isole n’a pas nécessairement un TSA. Un enfant sans diagnostic peut pourtant avoir besoin d’ajustements très concrets. Alors, la première question n’est peut‑être pas : « Quel est son diagnostic ? » Mais plutôt : « Qu’est-ce que j’observe… et qu’est-ce que cela me dit de ses besoins ? »
Dire qu’un enfant est “agité”, “opposant” ou “dans sa bulle” ne nous apprend pas grand‑chose. Ce qui nous aide, c’est la précision :
- Que fait-il exactement ?
- À quels moments ?
- Dans quelles situations ?
- Qu’est-ce qui facilite ?
- Qu’est-ce qui complique ?
Pour déplacer encore un peu notre regard, d’autres questions peuvent être tout aussi précieuses :
- Y a‑t‑il des moments où cette difficulté prend moins de place dans la vie de l’enfant ?
- Que fait-il différemment dans ces moments‑là ? Que faisons-nous, nous aussi, différemment autour de lui ?
- Qu’est‑ce que cet enfant réussit déjà, malgré cette difficulté ?
- Si le problème n’était pas toujours là où nous le cherchons ? Où se trouverait-il ?
- Et surtout, par où commencer quand on n’a pas encore de réponse ?
Observer n’a pas beaucoup de sens si nos observations restent dans un cahier. Elles deviennent précieuses lorsqu’elles nous permettent d’ajuster :
- modifier une consigne,
- préparer davantage une transition,
- repenser l’environnement,
- diminuer certaines stimulations,
- proposer un autre support,
- donner plus de temps,
- changer notre manière d’entrer en relation.
Un diagnostic peut apporter des repères, mais il n’est jamais la condition pour commencer à accompagner autrement. Parce qu’en attendant une réponse, l’enfant, lui, est déjà là. Parfois, l’ajustement commence simplement par lui offrir une autre manière d’entrer dans ce qu’on lui propose.
Une activité, plusieurs portes d’entrée
Parfois, une activité démarre… et un enfant reste en retrait. Avant de penser qu’il n’a pas envie, on peut lui offrir plusieurs manières d’entrer dans l’activité, chacune représentée par une petite image :
- 👀 Je regarde
- 👉 Je choisis
- 🖐️ Je fais une partie
- ▶️ Je commence
- 💪 Je fais tout
- ⏸️ Pas maintenant
L’enfant n’a pas besoin de parler ou de se justifier : il pointe simplement l’image qui lui convient.
Pour certains enfants, fatigués, débordés, face à une nouveauté ou ayant du mal à exprimer leurs besoins, ces micro‑choix changent tout. Pour des enfants avec un TDAH, cela réduit la quantité d’informations à gérer. Pour des enfants avec un TSA, cela rend la situation plus claire et plus prévisible. Cet outil n’a pas besoin d’être réservé à ces enfants. Il peut être utile à tout le groupe.
Observer -> comprendre -> ajuster
Avec certains enfants, « faire comme d’habitude » ne fonctionne pas. Nos compétences professionnelles, pourtant solides, peuvent se révéler insuffisantes. Il faut alors accepter de déplacer notre regard. Peut-être aussi accepter que ce cheminement questionne nos fonctionnements, nos seuils de tolérance, nos sensibilités, nos habitudes et nos manières d’être en relation.
Ces thématiques ne parlent donc pas seulement des enfants. Elles parlent aussi de nous, de notre posture et de notre capacité à faire un pas de côté lorsque ce que nous faisons ne fonctionne pas.
C’est justement ce cheminement que je vous propose d’explorer lors de ma formation des 9, 10 et 11 septembre 2026 : TDAH, TSA, DYS, HP : des cerveaux qui fonctionnent autrement – clés et outils d’accompagnement.
Prendre le temps de mieux comprendre ces différents fonctionnements et de réfléchir à ce que cela change concrètement dans notre manière d’observer, d’accompagner et d’ajuster notre quotidien professionnel.
Parce que derrière un acronyme, il y a toujours un enfant. Il y a aussi des enfants sans acronyme, qui nous questionnent, nous déstabilisent parfois et que nous cherchons simplement à mieux accompagner. Le diagnostic peut apporter des repères et éclairer certains fonctionnements. Mais l’accompagnement commence bien avant et ne peut jamais se résumer à lui.
Accompagner un enfant qui pense différemment, c’est parfois accepter de penser différemment nous aussi. Regarder, écouter, chercher autrement.
C’est cet espace-là que je vous propose d’ouvrir ensemble.
