Pour cet article, j’avais envie de quelque chose d’un peu différent. Quelque chose de léger mais qui fait réfléchir. Un outil à utiliser pour soi et/ou en équipe. Parce que juin est souvent un mois où les boîtes à pompons se vident plus vite que d’habitude…
Depuis quelques temps, j’utilise de plus en plus souvent dans mes formations (quel que soit le thème de la formation) l’exercice de la boîte à pompons.
Chaque matin, nous nous réveillons avec une boîte remplie de cent pompons. Cent unités d’énergie, de patience, de présence, d’alignement… Nous commençons toutes et tous la journée avec ce même capital. La journée démarre, très vite, certains pompons disparaissent : un trajet compliqué ; une nuit trop courte ; un colloque qui s’éternise ; un conflit à gérer, un collègue qui déverse ses préoccupations personnelles, un enfant qui sollicite notre attention sans interruption pendant plusieurs heures… Ce sont des moments qui vident nos pompons. Ils grignotent notre énergie, parfois sans qu’on s’en rende compte. Pompon après pompon, la boîte se vide.
Heureusement, certaines choses remplissent aussi la boîte : un fou rire avec une collègue ; un échange constructif avec un parent ; un enfant qui vous prend la main ; une équipe qui se soutient ; quelques minutes de calme ; une promenade ; un café partagé ; un moment où l’on se sent utile, compétent·e, à sa place…Ces moments-là nourrissent, apaisent et rechargent la boîte pompons.
Au fil de la journée, quelque chose de très intéressant se joue. Nous remarquons généralement assez vite ce qui nous prend des pompons : les imprévus, les tensions, les conflits, les journées trop chargées ou les situations qui nous mettent en difficulté. Mais nous prenons beaucoup moins souvent le temps d’observer ce qui nous en redonne.
Pourtant, toutes les situations n’ont pas le même impact. Un parent qui arrive cinq minutes en retard ne nous prendra peut-être qu’un ou deux pompons. Une réunion particulièrement tendue pourra en faire disparaître quinze ou vingt. À l’inverse, un échange chaleureux avec une collègue nous en redonnera peut-être cinq, tandis qu’une balade en forêt ou une activité qui nous passionne pourra remplir une grande partie de la boîte.
L’intérêt de l’exercice n’est donc pas seulement d’identifier ce qui vide ou remplit notre boîte, mais aussi de se demander : combien de pompons cette situation me prend-elle réellement ? Combien m’en donne-t-elle ? Car le problème n’est pas de perdre des pompons. C’est inévitable. Toute journée de travail comporte son lot de contraintes, d’imprévus et d’efforts. L’enjeu est plutôt de maintenir un équilibre suffisamment satisfaisant entre ce qui nous coûte et ce qui nous nourrit. En quelque sorte, nous gérons tous un budget énergétique. Certaines dépenses sont inévitables. Mais si les retraits sont systématiquement plus nombreux que les dépôts, la boîte finit par se vider.
Plus nous repérons ce qui nous fait perdre des pompons, plus nous pouvons anticiper, nous protéger ou ajuster certaines situations lorsque c’est possible. Plus nous identifions ce qui remplit notre boîte, plus nous pouvons choisir de lui faire une place dans notre quotidien.
Pour cela, quelques questions peuvent être utiles :
- Qu’est-ce qui me nourrit réellement ?
- Qu’est-ce qui donne du sens à ce que je fais ?
- Qu’est-ce qui me fait vibrer ?
- Quelles sont les situations dans lesquelles je me sens vivant.e, compétent.e ou pleinement à ma place ?
Les réponses sont souvent différentes d’une personne à l’autre. C’est ce qui rend cet exercice si intéressant : ce qui vide la boîte de l’un peut parfois remplir celle de l’autre. Cette prise de conscience est souvent riche d’enseignements. Une situation qui coûte vingt pompons à une personne n’en prendra peut-être que deux à une autre. À l’inverse, ce qui nourrit profondément un.e collègue peut nous laisser totalement indifférent. Il n’existe pas de barème universel des pompons.
Lorsque la boîte est vide, il devient beaucoup plus difficile d’être disponible pour les enfants, les parents, les collègues et aussi pour soi-même.
Si vous avez envie d’observer votre propre boîte à pompons, voici un exercice très simple à réaliser seul·e ou en équipe.
Je vous propose un temps de réflexion très simple.
L’idéal est de disposer d’une vraie boîte remplie de pompons. Cela peut sembler anecdotique, mais le fait de plonger les mains dans la boîte, de manipuler les pompons, de les déplacer d’un côté ou de l’autre aide souvent à ralentir et à revenir à soi. Cette dimension concrète permet de quitter un instant l’analyse purement intellectuelle pour être davantage à l’écoute de ce que l’on ressent réellement.
Si vous n’avez pas de boîte à pompons sous la main, une feuille et deux colonnes feront très bien l’affaire.
Dans la première, notez : ce qui me prend des pompons et combien. Dans la seconde : ce qui m’en redonne et combien.
Puis observez :
- Quelles sont les situations qui reviennent souvent ?
- Quelles sont celles sur lesquelles vous avez du pouvoir ?
- Quelles sont celles qui mériteraient davantage de place dans votre quotidien ?
L’expérience montre que lorsque l’on manipule physiquement les pompons, certaines prises de conscience émergent plus facilement. La réflexion est alors moins guidée par ce que l’on pense devoir répondre et davantage par ce que l’on ressent réellement.
Cet exercice peut également être réalisé en équipe. Les réponses sont souvent très différentes d’une personne à l’autre et ouvrent des échanges particulièrement riches.
Nous passons souvent beaucoup de temps à réduire les pertes et beaucoup moins à augmenter les apports.
En conclusion, nous ne pouvons pas toujours choisir ce qui nous fera perdre des pompons. En revanche, nous pouvons apprendre à mieux connaître notre propre fonctionnement.
Repérer ce qui nous vide est important. Mais repérer ce qui nous nourrit l’est tout autant. Parce que prendre soin de son énergie ne consiste pas uniquement à éviter ce qui nous épuise. Cela consiste aussi à cultiver ce qui nous fait du bien, ce qui nous ressource, ce qui donne du sens à nos journées.
Alors, avant de terminer cette lecture, je vous pose encore deux questions :
Si votre boîte contenait cent pompons ce matin, combien vous en reste-t-il ce soir ? Et surtout… qu’allez-vous faire cette semaine pour en remettre quelques-uns ?
Peut-être que prendre soin de soi commence parfois par-là : apprendre à repérer ce qui vide la boîte… et ne plus oublier ce qui la remplit.
