Et si ce n’était pas un manque de motivation… mais une question de dopamine ?

Un enfant qui commence une activité… puis l’abandonne. Il semble motivé… et l’instant d’après, ne l’est plus. Celui qui bouge, touche à tout, s’agite, interrompt…

Très vite, et souvent sans s’en rendre compte, une étiquette tombe : « Il ne se concentre pas », « Il ne fait pas d’efforts », « Il n’est pas motivé » …

Et si ce n’était pas ça ?

Ce qui se joue dans le cerveau

Pour comprendre certains comportements, il est essentiel de faire un détour par le cerveau. La dopamine est un neurotransmetteur impliqué dans :

  • la motivation,
  • le plaisir,
  • l’engagement.

Elle joue un rôle clé dans le fait de commencer une tâche, s’y maintenir et en retirer de la satisfaction. Elle active ce que l’on appelle le circuit de la récompense qui nous permet de ressentir un intérêt, un plaisir ou une satisfaction lorsque l’on réalise une action… et donne envie de recommencer.

En d’autres termes, c’est ce qui nous permet de nous dire : « ça ne vaut pas la peine de s’y mettre » ou « j’ai envie de continuer ».

Chez les enfants avec un TDAH, ce système fonctionne différemment.

Le circuit de la récompense s’active moins facilement. Il nécessite plus de stimulation et renvoie un ‘’retour positif’’ moins fort ou trop tardif.

Ce qui explique que :

  • le cerveau cherche naturellement plus de mouvement, de nouveauté, de stimulation,
  • les tâches peu stimulantes deviennent très difficiles à engager,
  • l’effort ne procure pas toujours de satisfaction immédiate.

C’est comme si le moteur avait besoin d’un coup d’accélérateur pour démarrer… et pour rester en marche.

Un mot, brièvement, sur la médication

Certains traitements agissent précisément sur ce système dopaminergique, en augmentant la disponibilité de la dopamine dans le cerveau. Cela peut permettre à l’enfant de mieux s’engager, de maintenir son attention et de réguler plus facilement ses comportements.

La médication ne remplace pas l’accompagnement, mais elle peut, dans certains cas, en être un soutien.

Et sur le terrain, ça donne quoi ?

Ce fonctionnement peut se traduire par :

  • des difficultés à commencer une activité,
  • un abandon rapide,
  • une recherche constante de stimulation,
  • de l’agitation,
  • une variabilité importante dans l’attention.

Et souvent… beaucoup de fatigue pour les adultes qui accompagnent.

Changer de regard

Sur le terrain, cela peut aussi transformer profondément la posture. Une éducatrice m’a récemment partagé :

« Avant, je voyais surtout ce qui ne fonctionnait pas. Le bruit. L’agitation. Les interruptions. J’étais toujours en train de recadrer, de canaliser, de freiner. Après la formation, j’ai commencé à observer autrement. Et j’ai vu : sa créativité débordante. Sa capacité à rebondir. Son énergie communicative. Sa générosité immédiate quand un copain avait besoin de lui. Ça n’a pas fait disparaître les défis, mais ça a changé notre relation et surtout ma posture. »

Voilà ce qui se passe quand on comprend vraiment le TDAH : on arrête de voir uniquement les difficultés. On comprend… et surtout, on ajuste plutôt que de lutter.

Quelques ajustements concrets

Comprendre, c’est une chose. Ajuster, c’en est une autre.

Voici quelques pistes simples :

Stimuler l’engagement

  • proposer des activités courtes -> récompenses rapprochées = dopamine plus accessible
  • introduire du jeu, du défi -> la nouveauté active le circuit de la récompense
  • utiliser un minuteur -> soutien externe à la gestion du temps

Fractionner

  • une consigne à la fois -> moins de charge cognitive
  • des étapes claires -> plus de points de satisfaction intermédiaires

Intégrer du mouvement

  • pauses motrices -> le mouvement augmente naturellement la dopamine
  • manipulation, activités dynamiques -> engagement sensorimoteur = attention plus stable

Donner un retour immédiat

  • valoriser rapidement -> renforce le circuit de la récompense
  • nommer les réussites -> rend la satisfaction plus tangible

Conclusion

Comprendre le fonctionnement du cerveau ne fait pas disparaître les défis. Mais cela change profondément la manière de les regarder… et de les accompagner.

Derrière ce que l’on interprète parfois comme un manque de motivation, il y a souvent un cerveau qui cherche simplement comment s’activer.

Et quand on passe de « il ne veut pas » à « il ne peut pas… encore, comme on l’attend », alors les choses commencent vraiment à évoluer.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez approfondir ces notions, découvrir la méthode Barkley adaptée au terrain, et repartir avec des outils concrets pour accompagner les enfants TDAH au quotidien, ma prochaine formation est dédiée à ce thème. Elle est pensée pour tous et toutes les professionnels.les de l’enfance : éducateurs, éducatrices, ASE, responsables, auxiliaires.

📆23 & 24 avril

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