Entreprise bienveillante, communication bienveillante, éducation bienveillante… La bienveillance est aujourd’hui omniprésente dans nos discours professionnels. Et pourtant, à force de vouloir être bienveillant·e en toutes circonstances, on finit parfois par ne plus l’être vraiment.
Être bienveillant·e ne signifie pas éviter toute tension, toute contradiction ou toute remise en question. Bien au contraire.
Bienveillance : que dit vraiment le mot ?
Étymologiquement, la bienveillance signifie vouloir le bien de l’autre. Vouloir le bien, ce n’est pas chercher à faire plaisir à tout prix, ni à lisser toutes les situations. C’est estimer l’autre dans sa capacité à penser, à entendre, à évoluer.
Être bienveillant·e, c’est donc :
- oser questionner,
- se confronter avec respect,
- débattre pour aller vers plus de compréhension, de cohérence et de justesse.
Bienveillance ou complaisance : une frontière parfois floue
Dans les pratiques professionnelles, la frontière entre bienveillance et complaisance est parfois mince, et facilement franchie, souvent sans que l’on s’en rende compte.
La bienveillance est une posture active. Elle suppose de poser un cadre clair, d’exprimer ce qui ne convient pas, d’ajuster les pratiques, même lorsque cela génère un certain inconfort.
La complaisance, à l’inverse, cherche avant tout à éviter cet inconfort. On ne dit plus, on ne reprend plus, on laisse faire par peur de froisser, de créer un malaise ou d’entrer en conflit.
Peu à peu, la bienveillance se transforme alors en complaisance.
Or, la complaisance n’est ni respectueuse ni sécurisante. Elle installe de l’ambiguïté, nourrit l’incompréhension et ouvre la porte à une violence relationnelle silencieuse. Ce qui n’est pas nommé, ce qui est évité par peur de déranger, finit souvent par s’exprimer autrement : par des tensions, des malaises persistants et des relations fragilisées.
Exemple de terrain – avec une collègue
Dans une équipe, une collègue adopte régulièrement une posture éducative qui questionne : consignes contradictoires, limites peu claires, interventions qui déstabilisent les enfants.
Par souci de bienveillance, personne n’ose en parler. On évite la discussion pour ne pas la blesser, on se dit que « chacun fait comme il peut ». Le non-dit s’installe, les tensions augmentent et la cohérence éducative du groupe s’affaiblit.
Une posture réellement bienveillante consisterait au contraire à ouvrir un espace de dialogue, à nommer les faits observés, à confronter les pratiques avec respect et à chercher ensemble des ajustements.
Dans cette situation, se taire n’est pas un acte de bienveillance. Oser la discussion, c’est reconnaître l’autre comme une professionnelle capable de réflexion et d’évolution, et c’est surtout préserver un cadre sécurisant et cohérent pour les enfants.
Confrontation, conflit, contradiction : ne pas tout confondre
Il est essentiel de rappeler que :
- la confrontation n’est pas le conflit,
- la contradiction n’est pas l’humiliation,
- le respect n’est pas le silence.
Rien n’est plus violent qu’une complaisance qui se cache derrière le non-dit, en confondant apaisement et évitement. Être bienveillant·e, ce n’est pas fuir la discussion, mais y entrer pleinement, avec clarté, écoute et responsabilité. C’est accepter que la relation éducative passe aussi par des désaccords exprimés, des limites posées et des échanges parfois inconfortables mais nécessaires.
Une posture essentielle dans les métiers de l’enfance
Dans l’accompagnement des enfants, la bienveillance véritable repose sur un équilibre subtil :
- soutenir sans surprotéger,
- accueillir les émotions sans renoncer au cadre,
- écouter sans renoncer à l’autorité éducative.
C’est cette bienveillance exigeante, engagée et consciente, qui permet aux enfants de se construire dans un environnement sécurisant, cohérent et respectueux.
Pour approfondir ce sujet, je vous invite à participer à la journée thématique du 27 février « Bienveillance, autorité et éducation : trouver l’équilibre juste » Pour vous inscrire 👉🏻https://valerielassueur.ch/inscription/
PS : Cet article m’a été inspiré en écoutant Julia De Funès – philosophe, essayiste, conférencière – qui redonne la définition de la bienveillance et parle de ses dérives. Sa vidéo est en collaboration avec l’Expressfr que vous retrouvez sur son compte instagramm @defunesjulia
