Un enfant pose question, une situation dérange, une équipe s’inquiète. Presque immédiatement, sur le terrain, on agit ou plutôt on réagit !
On change l’aménagement, on ajoute une règle, on cadre davantage, on met en place quelque chose… parce qu’il faut bien faire quelque chose. Mais est-ce qu’agir vite, c’est agir avec professionnalisme ?
Ce que je constate très souvent sur le terrain
Dans les structures de l’enfance, les équipes sont engagées, investies, soucieuses du bien-être des enfants. Le problème n’est donc pas un manque de volonté. Le problème, c’est la précipitation.
Face à une situation dite problématique, on agit avant même de savoir précisément :
- ce qui pose réellement question,
- dans quelles conditions apparait la problématique,
- à quels moments,
- pour quel(s) enfant(s),
- dans quel contexte relationnel et institutionnel.
À ce moment-là, on agit pour se rassurer, pas forcément pour comprendre.
Agir avec rapidité mais sans précipitation
Sur le terrain, la rapidité est souvent valorisée, réagir vite est perçu comme une compétence professionnelle. Pourtant, rapidité et précipitation ne sont pas des synonymes.
Être rapide, c’est :
- savoir quoi observer,
- savoir comment observer,
- s’appuyer sur une méthodologie claire,
- agir avec justesse parce que la situation a été observée, analysée et donc comprise
Se précipiter, c’est :
- agir sous l’effet de l’urgence ou de l’inconfort sans avoir observer vraiment,
- confondre pression et nécessité,
- mettre en place des actions avant d’avoir compris ce qui se joue réellement.
La précipitation donne l’illusion d’efficacité. La rapidité repose sur l’observation.
Observer avant d’agir
Pour cet article, je prends comme référence Anne-Marie Fontaine. Pour elle, l’observation n’est ni intuitive, ni spontanée, ni optionnelle. C’est un outil méthodologique, un acte professionnel à part entière, une posture éthique.
Agir sans observer, ce n’est pas aller plus vite. C’est :
- renforcer ses biais d’interprétations, de confirmation, de projection…,
- prendre des interprétations pour des faits,
- construire des réponses éducatives sur des raccourcis,
- répondre à une hypothèse plutôt qu’à une réalité observée.
Sans observation, l’action éducative devient une réaction.
Une démarche à priori simple… mais qui est finalement exigeante !
Avant toute mise en place, il est important de :
- Définir précisément la problématique : pas un ressenti flou, pas un « ça ne va pas », mais une question ciblée
- Construire une grille d’observation spécifique à la situation : observer quoi, quand, où, comment, dans quelles conditions, selon quels critères
- Observer réellement sur le terrain : sans chercher à confirmer une idée déjà construite
- Analyser : en distinguant faits observés et interprétations
- Mettre en place des actions pédagogiques ajustées : parce qu’elles reposent sur une compréhension fine de la situation
Tout le reste, ce sont des tentatives, parfois rassurantes mais souvent inefficaces.
« On n’a pas le temps d’observer »
C’est la phrase qui revient souvent, trop souvent. Observer est un des piliers central, si ce n’est LE pilier de l’accompagnement des enfants. Ce n’est pas ‘’qu’on n’a pas le temps d’observer’’, c’est qu’on ne prend pas le temps d’observer ! Observer doit être la priorité sur tout puisque c’est grâce à elle que l’on va pouvoir mettre en place un accompagnement de qualité.
Car ne pas observer, c’est :
- revenir encore et encore sur les mêmes situations,
- empiler des dispositifs qui ne fonctionnent pas
- perdre du temps, de l’énergie… et surtout du sens.
Le problème n’est pas le manque de temps. Le problème, c’est que l’observation n’est pas toujours reconnue comme un acte professionnel central.
Alors, accordons ce temps aux enfants que nous accueillons ! Observer, ce n’est pas attendre passivement. C’est travailler, penser, c’est exercer pleinement son métier. Observer, ça ne s’improvise pas. Ça s’apprend, ça se construit, ça s’analyse.
« Observer avant d’agir n’est pas un luxe, c’est une responsabilité. »
