La séparation est une expérience incontournable du développement de l’enfant. Qu’il s’agisse de la première séparation avec ses parents, d’un changement de référent·e en crèche ou d’une transition vers l’école. Chaque séparation mobilise le système émotionnel de l’enfant. Si elle est accompagnée avec bienveillance et cohérence, elle permet à l’enfant de développer des stratégies d’adaptation et de renforcer son sentiment de sécurité. En revanche, si la séparation est brutale, imprévisible ou mal accompagnée, le stress engendré peut être trop intense pour son jeune cerveau encore immature. Ce stress, lorsqu’il est récurrent ou mal régulé, peut favoriser une dysrégulation émotionnelle, rendant l’enfant plus vulnérable face aux futures séparations et aux émotions fortes en général.
L’angoisse de séparation : une étape clé du développement
L’angoisse de séparation est une phase normale, qui apparaît généralement vers 8-10 mois, atteint un pic autour de 12-18 mois, puis diminue progressivement. Elle est directement liée à la maturation du cerveau, notamment au développement du néocortex et cortex préfrontal.
À la naissance, le cerveau du bébé est encore immature : il ressent des émotions intenses mais il n’a pas encore la capacité de les réguler seul. Avec le temps et grâce aux interactions avec les adultes, il apprend progressivement à vivre ses émotions. Le néocortex et le cortex préfrontal, qui jouent un rôle clé dans la régulation émotionnelle, continuent de se développer jusqu’à 25 ans environ.
Lorsqu’un tout-petit vit une séparation, son cerveau perçoit d’abord une menace (activation de l’amygdale) qui déclenche une réponse émotionnelle forte. C’est grâce à la présence rassurante et à la co-régulation avec l’adulte qu’il va progressivement apprendre à s’apaiser et à construire des stratégies d’auto-régulation.
Co-régulation et auto-régulation : un apprentissage progressif
Au départ, le bébé dépend entièrement de l’adulte pour réguler ses émotions. Il a besoin d’une présence attentive qui l’aide à identifier, comprendre et apaiser ses ressentis. C’est ce qu’on appelle la co-régulation : l’adulte accueille les émotions de l’enfant, les met en mots et lui offre des stratégies d’apaisement adaptées (par la voix, le regard, le toucher, les mots rassurants…). En modulant la durée et l’intensité de l’émotion ressentie, l’adulte permet au bébé de ne pas être submergé et lui apprend progressivement à ajuster ses réactions.
Avec le temps et la maturation du cerveau, notamment du néocortex et du cortex préfrontal, l’enfant acquiert des compétences lui permettant de reconnaitre ses émotions, d’utiliser des stratégies pour s’apaiser (respiration, recours à un doudou, verbalisation) et à gérer progressivement la séparation par lui-même : c’est l’auto-régulation. Cette capacité ne se construit pas seule, mais à travers des interactions répétées avec des adultes sensibles et sécurisants.
Un enfant ne peut pas apprendre à se calmer seul s’il n’a pas d’abord vécu l’apaisement avec un adulte. La qualité de l’accompagnement émotionnel dans la petite enfance est donc un élément clé pour favoriser une bonne régulation émotionnelle à long terme.
Comment l’accompagner ? Préparer l’enfant aux séparations avec des rituels et des annonces claires.
Favoriser la co-régulation en l’aidant à nommer et apaiser ses émotions.
Offrir des temps de retrouvailles de qualité pour renforcer la sécurité affective.
Quand la séparation déclenche une dysrégulation émotionnelle
Certains enfants expriment une détresse plus intense et prolongée face aux séparations, ce qui peut être un signe de dysrégulation émotionnelle. La séparation devient alors un déclencheur de stress difficile à maîtriser.
Les signes de dysrégulation émotionnelle : Pleurs inconsolables ou crises disproportionnées.
Hypervigilance ou évitement émotionnels après la séparation.
Difficulté à retrouver un état calme, même après le retour du parent.
Pourquoi ? Un système de stress activé en l’absence de repères sécurisants.
Un manque de co-régulation pour apprendre à gérer l’émotion.
Des séparations vécues comme imprévisibles ou brutales.
Clés pour aider l’enfant à réguler ses émotions Apaiser avant de rationaliser : un enfant en crise a besoin d’abord d’un adulte calme et présent.
Accompagner avec empathie : nommer ses émotions (« Tu es triste car papa est parti »).
Donner des repères : structurer le temps (ex. « Après la sieste, papa revient »).
L’importance du lien d’attachement
Le lien d’attachement joue un rôle majeur dans la régulation émotionnelle. Un enfant qui sait qu’il peut compter sur des adultes bienveillants va développer une sécurité affective lui permettant peu à peu de mieux vivre les séparations.
Un attachement sécurisé favorise la résilience émotionnelle.
L’enfant apprend à s’auto-apaiser grâce à des expériences de co-régulation répétées.
Les interactions bienveillantes renforcent la confiance et l’autonomie émotionnelle.
Un impact sur la vie émotionnelle de l’enfant
Les émotions ne sont pas seulement des réactions passagères, elles façonnent la construction de l’enfant. Leur rôle est multiple :
- Communiquer ses besoins aux adultes
- Contribuer au développement de la mémoire et de l’attention
- Orienter le comportement face aux situations nouvelles
- Soutenir la prise de décision et de l’apprentissage
- Favoriser la cohésion sociale
En conclusion, la séparation est un processus incontournable du développement de l’enfant, qui, lorsqu’elle est bien accompagnée, peut devenir une source de croissance émotionnelle et de renforcement de la sécurité affective. La qualité de l’accompagnement, à travers la co-régulation, est essentielle pour aider l’enfant à développer des stratégies d’auto-régulation et à mieux gérer ses émotions à long terme. Un lien d’attachement solide et une présence bienveillante permettent de soutenir cette étape délicate et de prévenir les risques de dysrégulation émotionnelle. En offrant un environnement rassurant et en anticipant les séparations avec des rituels, les adultes contribuent à la construction d’un enfant émotionnellement résilient, capable de faire face aux défis futurs. La manière dont nous accompagnons l’enfant dans ses premières séparations façonne sa capacité à naviguer à travers les émotions et à établir des relations saines tout au long de sa vie.
Et vous ? Quelles sont vos stratégies pour aider les enfants à mieux vivre la séparation ? Partagez vos expériences !
